30.11.2006
Géranium magazine
Je ne donne plus de nouvelles. Ici ou ailleurs. Certains s’en inquiètent. Ma mère, en tout cas. Ayant pris connaissance de ma passion pour les plantes (je ne lui ai avoué que récemment en héberger une), ayant elle-même longtemps fréquenté les iris et les cactus que collectionnait mon grand-père, ayant établi un lien assez douteux entre cette plante et le peu de nouvelles que je donne, elle m’a enjoint de sortir de chez moi, de venir dîner chez elle par exemple (je soupçonne que le par exemple était, dans sa bouche, purement formel), accompagné si je le souhaitais. L’heure est grave. J’ai cherché un peu sans espoir et finalement sans succès parmi mes amies celle qui pourrait jouer le rôle de la belle-fille, de la belle plante.
Il faut dire que cela commence à faire longtemps que je suis célibataire. Suffisamment pour y prendre goût, même si je doute que je réussisse à y prendre goût complètement, suffisamment longtemps, en tout cas, pour y trouver des avantages, ceux qui font de vous un vieux garçon.
Ne croyez pas que le rôle de la plante verte soit littéralement rempli par le bégonia. Je n’en suis pas rendu à cela. Mais que mon bégonia ait gagné en importance en raison de ma solitude ne fait aucun doute.
Je n’ai bien sûr pas toujours été célibataire. Mais il est vrai qu’il pourrait sembler que ce cadeau que j’avais si dédaigneusement reçu des mains de ce visiteur (que je n’ai plus rappelé depuis), ce 31 décembre 2005, un peu avant que le monde, sans bien savoir pourquoi, décompte à l’unisson les secondes arbitrairement placées là par quelques physiciens procéduriers, (la terre entière, mes invités, moi et même Alfred, toujours vivant, vraisemblablement seul, dans son appartement, mais alors je ne lui prêtais aucune attention), dix petites secondes, comme le veut la coutume qui nous séparent de la nouvelle année. L’absence de solution de continuité, pourtant rendue manifeste par les cris qui précèdent le 0 sonnant, le plus souvent hurlé, et les cris de victoire, les embrassades forcées de toutes sortes qui y succèdent, établit dans le brouhaha général la persistance d’un seul et même moment. Si encore ce geste avait été gratuit, un moment de dépense dans des vies que les 364 autres jours de l’année nous consacrons à l’accumulation sans fin d’argents, d’objets, de riens ridicules.
Il faut dire que cela commence à faire longtemps que je suis célibataire. Suffisamment pour y prendre goût, même si je doute que je réussisse à y prendre goût complètement, suffisamment longtemps, en tout cas, pour y trouver des avantages, ceux qui font de vous un vieux garçon.
Ne croyez pas que le rôle de la plante verte soit littéralement rempli par le bégonia. Je n’en suis pas rendu à cela. Mais que mon bégonia ait gagné en importance en raison de ma solitude ne fait aucun doute.
Je n’ai bien sûr pas toujours été célibataire. Mais il est vrai qu’il pourrait sembler que ce cadeau que j’avais si dédaigneusement reçu des mains de ce visiteur (que je n’ai plus rappelé depuis), ce 31 décembre 2005, un peu avant que le monde, sans bien savoir pourquoi, décompte à l’unisson les secondes arbitrairement placées là par quelques physiciens procéduriers, (la terre entière, mes invités, moi et même Alfred, toujours vivant, vraisemblablement seul, dans son appartement, mais alors je ne lui prêtais aucune attention), dix petites secondes, comme le veut la coutume qui nous séparent de la nouvelle année. L’absence de solution de continuité, pourtant rendue manifeste par les cris qui précèdent le 0 sonnant, le plus souvent hurlé, et les cris de victoire, les embrassades forcées de toutes sortes qui y succèdent, établit dans le brouhaha général la persistance d’un seul et même moment. Si encore ce geste avait été gratuit, un moment de dépense dans des vies que les 364 autres jours de l’année nous consacrons à l’accumulation sans fin d’argents, d’objets, de riens ridicules.
Mais je m’égare, sinon que ce jour-là, j’avais hérité d’une plante, en lieu et place d’une femme. Le pot de fleur contre la belle plante. Notez que plante verte, belle plante, pot de fleur et potiche sont des rôles nullement incompatibles, qu’il est même recommandé d’être une belle plante pour tenir le rôle de l’exquise potiche.
Précisons que le pot que je lui ai trouvé vaut la plus belle des robes. J’ai pensé un temps la parer d’une couche supplémentaire, un cache-pot en porcelaine, mais, à la réflexion, il n’y avait pas de raison d’exciper des souvenir fascinés des intérieurs de ma tante, un affublement d’une tel mauvais goût. Car si mon bégonia n’est pas séduisant au premier regard, son étrangeté maladive recèle une élégance certaine. Or, en matière de cache-pot, il existe un raffinement dans la laideur proprement réjouissant ; ceux que j’ai découverts égalent les pièces de choix de la collection de bibelots de ma tante. Un géranium, en revanche, aurait demandé un cache-pot.
(Le pot de fleurs, quant à lui, est des plus classiques. En terre cuite, en forme de pot tout bêtement, sans fioritures. Ainsi la description du pot et de l’absence de cache-pot est-elle complète).
L’ensemble ne donne aucune « touche féminine » à mon intérieur. Il faudra bien pourtant que j’accepte cette invitation maternelle. Le bégonia ne me sera d’aucune aide. Pas plus que les couronnes déposées sur la tombe d’Alfred, fanées, j’imagine, depuis le temps. (Penser à rendre visite à Alfred. Pour quoi faire ? On improvisera). Une petite annonce dans Géranium magazine : qui sait ?
21:25 Publié dans Journal biodégradable | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture ; littérature

