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<title>Apocryphe - journal_biodegradable</title>
<description>Un journal en forme d'arrosoir</description>
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<lastBuildDate>Sat, 19 May 2007 19:00:45 +0200</lastBuildDate>
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<copyright>All Rights Reserved</copyright>
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<title>Réveil</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2007/05/07/réveil.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Mon, 07 May 2007 21:30:00 +0200</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Au moment où notre nouveau président, encore qu’il ne sera investi que le 16 mai – Américains, nous aurions gagné un délai (de grâce) supplémentaire –, au moment où, donc, notre président s’apprête à faire retraite à Malte, et si l’on en croit le mot employé, de manière beaucoup trop catholique à notre goût pour un homme qui annonce vouloir rassembler tous les Français, il est temps de briser notre vœu de silence. Comme le monde a changé en deux mois&amp;nbsp;!, en apparence seulement&amp;nbsp;? Souhaitons que l’enseignement de l’histoire des Annales triomphe de l’influence que notre nouveau président prétend avoir sur le cours de notre histoire. Ecume des grands hommes, marées des hommes. Souhaitons. Sans quoi, les temps seront durs. Ce n’est pourtant nullement le propos de ce blog que de jouer pathétiquement le rôle d’une chambre de résonnance, bien qu’à aucun moment non plus, tout bégonisé que je puisse être, je n’ai donné crédit à l’illusion d’une activité retirée du monde. Le monde, que l’on me permette cette lapalissade, est toujours là, sous vos doigts, comme dans le refus de voter, malgré soi. Il ne s’agit tout au plus ici que d’une respiration. Parenthèse de verdure si l’on veut. Une respiration qui, désormais, aura des accents cacochymes&amp;nbsp;: défaut de solidarité, défaut de sérénité, défaut d’espoir déguisés à grandes eaux (et orgues) sous les appels d’une rupture qui par trop d’aspects a tout d’un strict retour en arrière. La mondialisation a bon dos.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;Il était temps, pourrait-on me faire remarquer. Une rupture, ici-même, n’aurait rien de scandaleux. La France qui se lève tôt n’écrit pas seulement tôt ses &lt;i&gt;post&lt;/i&gt;, elle les écrit également par dizaines. La France qui gagne, etc. Je m’incline. Une victoire démocratique n’a pas à être écartée d’un revers de main&amp;nbsp;: j’écrirai plus et&amp;#8230;&lt;/p&gt;
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<title>En passant</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2007/02/28/en-passant.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Wed, 28 Feb 2007 06:10:00 +0100</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNoSpacing&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;En ce moment, il est plus tentant de s’intéresser aux humeurs politiques des uns et des autres qu’à des bégonias, à des cadavres passablement refroidis, à des collègues, eux-mêmes refroidis, encore que pour des raisons plus platement métaphoriques, à des orgelets, à des ulcères, au vague à l’âme. &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Non, d’ailleurs que l’humeur en question soit fertile. Elle ne l’est pas ou alors par la bande – selon cette manie bien établie désormais de s’intéresser à ce qui n’est pas dit faute, légitimement, de pouvoir s’intéresser à ce qui est dit, en l’occurrence, pas grand-chose (en tout cas pas grand-chose de mémorable).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNoSpacing&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;Car il est vrai que l’on parle. On parle. Il y a bien sûr la parole portée par nos candidats, leurs chantres, porte-paroles, aficionados officiels, etc., il y a surtout le bruit que vous et moi favorisons en échangeant quelques arguments sur le grand sujet qui tiendra la France en haleine pendant encore deux mois. Je ne me moque pas. Moi-même, ne me contentant pas d’écouter les uns et les autres, je ne me prive pas de dire que telle conception du monde (mais une telle notion n’est-elle pas, aussi boursouflée soit-elle sans que ce soit la raison de ce qui suit, déplacée dans le débat actuel&amp;nbsp;?) est préférable à telle autre. Seulement, il me faut bien écouter aussi mon bégonia. Et là, sans qu’aucun parti écologique n’ait jamais eu l’heur de me convaincre, je me retrouve comme tout propriétaire de plante, possession désirée ou non, propriétaire sourcilleux ou débonnaire possesseur, brutalement confronté à des questions de verdure (non de nature que l’on se rassure). Et, sans surprise, ce spectacle me ramène à plus de mesure. (Et certainement pas à quelque considération sur les émanations de gaz carbonique). Faisant pour une fois, abstraction de toutes les menaces que recèle&amp;#8230;&lt;/p&gt;
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<title>Voeux bégoniesques</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2007/01/30/voeux-begoniesques.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Tue, 30 Jan 2007 00:10:00 +0100</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Verdana&amp;quot;,&amp;quot;sans-serif&amp;quot;&quot;&gt;Un mot d’encouragement, adressé à moi-même, mon plus fidèle lecteur, pour entamer cette nouvelle année. Les vœux, si mes souvenirs sont bons, peuvent être formulés jusqu’au dernier jour du mois de janvier.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Verdana&amp;quot;,&amp;quot;sans-serif&amp;quot;&quot;&gt;Un mot obtenu de manière assez artificielle par le truchement d’Elisabeth Costello. Au gré de sa tournée commémorative, petite mort avant celle définitive, Elisabeth Costello, l’écrivain imaginée par Coetzee, abandonne derrière elle des considérations sur la littérature auxquelles, elle-même, a de plus en plus de mal à croire. La lassitude d’une croisière entre petit-bourgeois, l’ennui d’une salle emplie de professeurs de seconde zone, l’hôtel, l’aéroport, un singe kafkaïen en guise de compagnie, son fils, les derniers vestiges d’une vie de romans. Même pour ces derniers, l’éternité n’a, soudain, plus rien d’assuré.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Verdana&amp;quot;,&amp;quot;sans-serif&amp;quot;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;«&amp;nbsp;La Bristish Library ne va pas durer éternellement. Elle aussi va s’effriter et tomber en ruine, et ses livres tomberont en poussière sur les rayons. Et, de toute façon, bien avant cela, à mesure que l’acide ronge le papier, et qu’il faut faire de la place, les mauvais livres, les non-lus et les indésirables seront charriés vers un endroit ou un autre prévu à cet effet et jetés dans une fournaise, et toute trace en sera effacée du catalogue principal. Après quoi, ce sera comme s’ils n’avaient jamais existé.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Verdana&amp;quot;,&amp;quot;sans-serif&amp;quot;&quot;&gt;Les mauvais livres au pilon, soit. Heureusement, cette seconde mort, l’oubli après la désintégration physique, nourrit une vision grimaçante et réjouissante à la fois.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Verdana&amp;quot;,&amp;quot;sans-serif&amp;quot;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;«&amp;nbsp;Voilà qui constitue une alternative à la vision de la Bibliothèque de Babel, plus troublante à mes yeux que la vision de Jorge Luis Borges. Non pas une bibliothèque dans laquelle coexistent tous les livres concevables, passés, présents et futurs, mais une bibliothèque de laquelle seraient absents des livres réellement conçus, écrits et publiés, absents même de la mémoire des bibliothécaires.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&amp;#8230;&lt;/p&gt;
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<title>Bilan</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/12/31/bilan.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Sun, 31 Dec 2006 15:45:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je suis malade, nous sommes le 31 décembre, tout va bien - tout est bien qui finit bien. L'année écoulée s'apprête à se refermer sur elle-même, la parenthèse 2006 attend d'être close, cette année ouverte par l'irruption d'un bégonia va connaître son dénouement, doucement, sans vocifération particulière, au lit, avec un rhume, tandis qu'au loin retentiront les cris annonçant la nouvelle année, n+1 - au revoir bégonia. Il est tentant, en effet, de mettre un terme à cette collaboration, à cette collocation de fortune. D'autant qu'une parenthèse, n'est-ce pas tout ce qu'aura représenté ce bégonia dans ma vie ? Qu'a t-il, au fond, modifié ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;Faire le point - selon l'immémorial conseil, socrato-panurgique -&amp;nbsp;d'autant plus impératif que l'on ne sait guère de quel point il s'agit, quel point il faut scruter. Un point de côté ? Un pixel biologique - la cellule ? Un point abstrait : moi, toi. Un point mémoriel : je croyais à ça, entre temps je suis devenu un vieux con : que s'est-il donc passé ? Faire le point, pour quoi faire ? Le mot embarrasse ; mieux vaut parler de bilan, alors. Faire un bilan. Quelle expression atroce ! Me voilà réduit à un ensemble de chiffres livrés en pâture à une horde de comptables. Et pourtant ! Un an s'est écoulé. Un an depuis lequel le bégonia a échu chez moi. Que s'est-il passé pendant cette période ? Pas grand chose. Alfred est mort, le bégonia n'a pas poussé, il n'a pas non plus fleuri. Il n'a pas même rempli son office. Quel office ? Celui, qu'après coup, j'ai espéré qu'il remplirait : modifier imperceptiblement mon quotidien, si bien qu'il devienne profitable d'en noter les transformations. Cela n'a pas été le cas. En un sens, il a permis au diariste de dégorger le&amp;#8230;&lt;/p&gt;
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<title>Géranium magazine</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/11/30/geranium-magazine.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Thu, 30 Nov 2006 21:25:00 +0100</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Je ne donne plus de nouvelles. Ici ou ailleurs. Certains s’en inquiètent. Ma mère, en tout cas. Ayant pris connaissance de ma passion pour les plantes (je ne lui ai avoué que récemment en héberger une), ayant elle-même longtemps fréquenté les iris et les cactus que collectionnait mon grand-père, ayant établi un lien assez douteux entre cette plante et le peu de nouvelles que je donne, elle m’a enjoint de sortir de chez moi, de venir dîner chez elle par exemple (je soupçonne que le par exemple était, dans sa bouche, purement formel), accompagné si je le souhaitais. L’heure est grave. J’ai cherché un peu sans espoir et finalement sans succès parmi mes amies celle qui pourrait jouer le rôle de la belle-fille, de la belle plante.&lt;br /&gt; Il faut dire que cela commence à faire longtemps que je suis célibataire. Suffisamment pour y prendre goût, même si je doute que je réussisse à y prendre goût complètement, suffisamment longtemps, en tout cas, pour y trouver des avantages, ceux qui font de vous un vieux garçon.&lt;br /&gt; Ne croyez pas que le rôle de la plante verte soit littéralement rempli par le bégonia. Je n’en suis pas rendu à cela. Mais que mon bégonia ait gagné en importance en raison de ma solitude ne fait aucun doute.&lt;br /&gt; Je n’ai bien sûr pas toujours été célibataire. Mais il est vrai qu’il pourrait sembler que ce cadeau que j’avais si dédaigneusement reçu des mains de ce visiteur (que je n’ai plus rappelé depuis), ce 31 décembre 2005, un peu avant que le monde, sans bien savoir pourquoi, décompte à l’unisson les secondes arbitrairement placées là par quelques physiciens procéduriers, (la terre entière, mes invités, moi et même Alfred, toujours vivant, vraisemblablement seul, dans son appartement, mais alors je ne lui prêtais aucune attention), dix petites&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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<title>Gaz carbonique</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/10/15/gaz-carbonique.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Sun, 15 Oct 2006 12:40:00 +0200</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Je n’ai pas sommeil. Des cris ensanglantés desquels perle la voix indignée d’une mère que la colère et l’effroi ont décoiffée, les cheveux de la couleur du voile qui pend en arrière de sa tête en noirs plis mâtes, dont les gestes psalmodiés sont lancés contre les misérables, du même sang, mais on ne peut s’y résoudre, du même Dieu, mais on ne peut le croire, de ces images passées en boucles, plus rien ne peut surgir, plus trace de compassion, ni de scandale, ne subsiste que le logo de la chaîne diffusant une nouvelle fois ces scènes que je ne remarque plus. Irak. Liban. Madrid. Londres. Ces beaux noms qui auraient dû, à force de reportages, redevenir ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être, des lieux réels - mais à quel prix ! -, la violence et l’effroi, en s’engouffrant en eux, ont balayé les images surannées qui figeaient Londres dans son brouillard, Madrid dans ses déambulations nocturnes, le Liban dans ses forêts de cèdres, l’Irak dans les eaux boueuses de l’Euphrate, ont effacé les brochures encalminées dans lesquelles les agences de voyage les servaient tout prêt, sans rien modifier à notre regard. Une chimère a laissé place à une imagerie dévorée par la profusion, tenant à distance les morts comme, auparavant, les cartes postales confortaient le touriste – tout particulièrement en Irak, en Palestine, en Israël, litanie, à des degrés divers, de corps explosés, de membres&amp;nbsp; déchiquetés, de cadavres disséminés, aussi indélébile que les anciens clichés. La télévision s’est tue. Pour une fois que je l’éteints. D’ordinaire, son bourdonnement se prolonge tard dans la nuit. Il n’est pas nécessaire que je la regard, elle s’use derrière moi. Je n’y prête pas vraiment attention, je l’allume et, rapidement, l’abandonne. Elle pallie l’absence de voitures, l’absence d’animation dans ce quartier résidentiel,&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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<title>Crème antirides aux extraits de bégonia</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/09/19/creme-antirides-aux-extraits-de-begonia.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Tue, 19 Sep 2006 01:55:00 +0200</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Alors que je pars travailler, je ne peux m’empêcher, dans le métro, de penser à Alfred Maznec engoncé dans son cercueil en grande conversation avec vers et insectes, lui, qui avait un goût prononcé pour le silence et la solitude – on ne manquera pas de relever la pathétique analogie formelle entre la rame de métro enfoncée sous terre et le cercueil. Je me dis qu’il aurait été judicieux de lui faire parvenir des échantillons de crème contre le dessèchement de la peau que j’avais reçus afin de rédiger une énième notice.&lt;br /&gt; C’est très ennuyeux les peaux sèches quand on vient à mourir. Après quelques jours de ce régime funeste, privées de soleil et de compléments vitaminés, elles tombent sans espoir d’être remplacées. Il aurait fallu que je le mette en garde et que dans le même temps je le rassure. Il s’agissait rien moins que d’un remède miracle, le dernier-né des bureaux de marketing de L’Oréal, aux vertus apaisantes autant qu’amaigrissantes (encore que dans son cas, la surcharge pondérale ne risquait plus d’être un problème – il y a un certain nombre d’avantages à devenir cadavérique, on l’oublie trop souvent), vertus démontrées scientifiquement, eh oui chère madame. Je lui expliquerais comme je l’avais fait à l’attention de clientes (et désormais de clients) qui le valaient bien, comment l’utiliser, quels bénéfices ils en tireraient (bien qu’il était douteux que l’on puisse en tirer un quelconque bénéfice), quelles précautions prendre, point en réalité beaucoup plus important car il n’était pas douteux qu’en contre partie d’un bénéfice imaginaire, des dommages, bien réels, eux, en cas d’une mauvaise utilisation, puissent être occasionnés. Ce qui valait souvent des conseils tels que : pressez délicatement le tube pour extraire une certaine quantité de crème, ni trop, ni trop peu, recueillez la crème dans le creux de&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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<title>Des angelots bouffis</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/09/14/la-superette.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Thu, 14 Sep 2006 00:50:00 +0200</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Bien sûr… Effectivement… Sur le champ… Oui, oui… Le téléphone résonnait des phrases informes auxquelles, depuis longtemps, il ne prêtait plus attention. Le lot de toues les mères, pensa-t-il. La sienne était morte depuis longtemps. Un court instant, il avait oublié sa femme, il entendait les complaintes maternelles dont ni lui ni elle n’était dupe. De l’amour malgré tout alors, un jeu qu’ils croyaient inoffensif aujourd’hui pour faciliter la séparation à venir qu’ils n’avaient pas le pouvoir d’empêcher. Il resterait les souvenirs. La tristesse un peu, au début, et les souvenirs. Des souvenirs, dit-on, mais au vrai, si pauvres, si répétitifs ou alors si mastiqués et régurgités que, souvent, il doutait d’en avoir de réels, de sa femme, de sa mère aussi, en un sens. La voix au bout du fil n’était pas encore un souvenir, excédée, elle exigeait son attention. Excuses et lassitude. Oui, oui… Promis. A ce soir. A sa mère, il faisait les mêmes réponses. Celles que dicte la lassitude vaincue. Mais quand elles le quittaient, à leur tour lassées, restait sa mère. A la fin de sa vie moyennement courte, Alfred Maznec avait encore était quitté, seulement sa mère n’était plus là. Pour la première fois de sa vie, une rupture, chose à laquelle il était semble-t-il rodé, s’était passée dans le plus parfait silence. Les listes de courses que dressaient sa femme tues, aucun autre son n’avait retenti. La porte était restée muette, le téléphone n’avait pas sonné, lui, assis dans son fauteuil était resté assis silencieusement dans l’unique fauteuil du salon. Au début, il s’était peut-être étonné. C’était passé très vite. Il était resté assis seul et silencieux dans le fauteuil du salon. J’avais un voisin très discret. Il y avait dû y avoir une dernière liste de courses. Celle de trop, si l’on peut&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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<title>Le bégonia qui se rêvait palmier</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/09/13/le-begonia-qui-se-revait-palmier.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Wed, 13 Sep 2006 01:05:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Son analgésie physique et mentale aux attaques du monde grandissait. Il réussit sans souffrir à s’infliger des douleurs étranges et raffinées. Il incrusta son corps d’antéros et d’émeraudes et s’imagina le réconciliateur de la nature et de l’artifice, il se coupa la main droite en signe de repentir et demanda à un Dieu imaginaire l’absolution des péchés qu’il n’avait pas commis. Il n’était pas fou, il se dévouait à la science : son corps, annonçait-on, deviendrait inutile, son esprit lui survivrait dans une machine. L’évolution, pourquoi aurait-il voulu qu’il en aille autrement ?, suivant son cours, du moins le cours tracé par les thuriféraires de la technologie (ou si fortement fantasmé par eux qu’elle apparaissait aux autres pareille à ces fantasmagories devenues mensongèrement réelles par l’adhésion religieuse qu’elles avaient obtenues de tous) établirait la disparition de l’&lt;i&gt;homo sapiens&lt;/i&gt; ou plutôt le caractère temporaire du stade, qu’un temps son orgueil lui avait fait miroiter éternel, entre le singe et l’ordinateur. Sur son moignon il greffa une main bionique, les pierres précieuses servaient de clignotants. La biographie d’Alfred Maznec dans la bouche de sa femme était beaucoup plus lapidaire : il n’avait été qu’un salarié consciencieux.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Ce raccourci expliquait son départ, à elle. Le grand homme dont elle était tombée amoureuse avait si bien rapetissé que faute de réussir à l’apercevoir elle était partie. Il attendait que se produise quelque chose d’insolite dans sa vie, rien qu’il puisse imaginer, soit que son imagination y fût impropre, soit que le résultat de ses divagations ne lui ait pas dicté d’en provoquer l’avènement, il attendait à la terrasse des cafés, dans son bureau, le soir devant la télévision ou par derrière ses propos, à elle, il attendait sans savoir quoi, sans être assuré que quelque chose adviendrait, indifférent à tout et surtout à tout ce&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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<title>Oraison</title>
<link>http://apocryphe.blogspirit.com/archive/2006/09/12/oraison.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Thomas von Krudig)</author>
<category>Journal biodégradable</category>
<pubDate>Tue, 12 Sep 2006 01:00:00 +0200</pubDate>
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&lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Alfred Maznec avait été marié, étrange découverte. Alfred Maznec était pour moi dénué d’existence physique ; je l’imaginais avoir été conçu et réalisé en fonction de l’impossibilité d’entrer en contact avec le monde, enveloppe éthérée incapable de modifier ce qui l’entourait, incapable en retour d’être touché de lui. Il était incompréhensible, à la réflexion, qu’il n’ait pas flotté, son enveloppe cotonneuse que logiquement une simple brise aurait dû emporter, non en accélérer la chute, ou que le vent en s’engouffrant dans la cour aurait dû transformer en oiseau, un vautour, certes, plutôt qu’une aigrette et non propulser vers les pavés et si, malgré tout, la différence de température et de pression, haute pression quand l’air lourd et froid descend, basse si de l’air chaud et léger monte, si malgré tout, la différence de pression n’avait pas été suffisamment grande pour que le mouvement induit soit suffisant pour l’emporter, sa chute aurait dû être ralentie, son corps, en toute logique, aurait dû s’étaler sans heurt, sans bruit glisser le long des anfractuosités du sol, gagner une évacuation, se diluer dans un conduit d’eaux usagées, être recyclé ou finir dans la Seine, être bu ou se perdre dans l’estuaire de la Manche.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Pourtant Alfred Maznec était à mes pieds, dans une boite d’environ 2m50 de long, et sa femme, son ancienne femme, était à mes côtés.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Je la regardai poliment et dis quelques mots sur l’extraordinaire variété des bégonias. Peu concernée par les questions florales, elle s’enquit de l’état de nos relations. Voulait-elle savoir si nous étions liés uniquement par la situation géographique de nos appartement ou soupçonnait-elle son mari de préférer les hommes, ce n’était pas clair. Moi-même, en tant que célibataire du cinquième, je pouvais entretenir ses doutes, encore qu’il était justement douteux qu’elle, qui il y a encore cinq minutes&amp;#8230;&lt;/div&gt;
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