28.02.2007
En passant
En ce moment, il est plus tentant de s’intéresser aux humeurs politiques des uns et des autres qu’à des bégonias, à des cadavres passablement refroidis, à des collègues, eux-mêmes refroidis, encore que pour des raisons plus platement métaphoriques, à des orgelets, à des ulcères, au vague à l’âme. Non, d’ailleurs que l’humeur en question soit fertile. Elle ne l’est pas ou alors par la bande – selon cette manie bien établie désormais de s’intéresser à ce qui n’est pas dit faute, légitimement, de pouvoir s’intéresser à ce qui est dit, en l’occurrence, pas grand-chose (en tout cas pas grand-chose de mémorable).
Car il est vrai que l’on parle. On parle. Il y a bien sûr la parole portée par nos candidats, leurs chantres, porte-paroles, aficionados officiels, etc., il y a surtout le bruit que vous et moi favorisons en échangeant quelques arguments sur le grand sujet qui tiendra la France en haleine pendant encore deux mois. Je ne me moque pas. Moi-même, ne me contentant pas d’écouter les uns et les autres, je ne me prive pas de dire que telle conception du monde (mais une telle notion n’est-elle pas, aussi boursouflée soit-elle sans que ce soit la raison de ce qui suit, déplacée dans le débat actuel ?) est préférable à telle autre. Seulement, il me faut bien écouter aussi mon bégonia. Et là, sans qu’aucun parti écologique n’ait jamais eu l’heur de me convaincre, je me retrouve comme tout propriétaire de plante, possession désirée ou non, propriétaire sourcilleux ou débonnaire possesseur, brutalement confronté à des questions de verdure (non de nature que l’on se rassure). Et, sans surprise, ce spectacle me ramène à plus de mesure. (Et certainement pas à quelque considération sur les émanations de gaz carbonique). Faisant pour une fois, abstraction de toutes les menaces que recèle cette forêt de feuilles malingres, m’en tenant au spectacle pour ainsi dire neutralisé d’une plante qui essaye de croître tout en refusant de s’en prévaloir par quelque poussée dûment mesurable, je me dis qu’il est bon aussi de se taire, non pas à jamais, de laisser passer les premiers bruits bruyants, insuffisants, immarcescibles, d’attendre le jour du vote. Tout alors sera dit. Et les millions de commentaires perdus sur la toile, bien qu’immortalisés par les possibilités de stockages actuelles, semble-t-il inextinguibles, n’en seront pas moins devenus dérisoires.
06:10 Publié dans Journal biodégradable | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, Littérature


Commentaires
C'est que, la présidentielle, c'est un peu notre Saint Simon à nous. A notre portée. Que cela n'empêche pas votre bégonia de bien finir son hiver!
Ecrit par : alain bagnoud | 05.03.2007
tout ce qui vient conforter les étroites relations qui lient la littérature et la botanique m'enchante. Ce matin encore quand je lis dans Libération que Jens Peter Jacobsen, écrivain danois du XIX° siècle, était un spécialiste de botanique (" Madame Marie Grubbe" ,Ombres ).
Voilà pourquoi je reste fidèle à Apocryphe, malgré ses longs silences.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 10.03.2007
Merci pour ces quelques mots, Alain. Le souvenir (confession : une lecture de bribes, devenues floues avec le temps) du chroniqueur que sa petite taille destinait à observer les grands de ce monde par le trou de serrure de la porte et de l'histoire, lui, qui croyait en vain participer à l'Histoire, est à la fois la plus exacte description de ma participation à la frénésie médiatique actuelle (et celle de nombreux autres bloggeurs) le talent en moins, mais est également l'exact reflet du niveau de cette campagne.
Mon cher Horticulteur, avouons le tout net, n'ayant pas même le temps d'ouvrir les Mémoires, je crains fort de ne pas trouver celui de rencontrer cette Madame Marie Grubbe. Votre fidélité à autant de silence me touche tout autant que votre persévérance à nourrir de confiture le "cochon" que je suis. La plupart de vos invitations à la découverte restent bien malheureusement lettre morte.
Cette campagne confirmant jour après jour son peu d'entrain à n'être autre chose qu'un décompte commenté de sondages, je n'ai plus guère d'excuse pour ne pas arroser qui l'on sait. Dont acte.
Amicalement,
Thomas
Ecrit par : Thomas von K | 12.03.2007
C'est étonnant. Aujourd'hui passant comme parfois (pas assez souvent sans doute) sur votre blog, je m'aperçois que je ne suis pas seule à avoir été saisie d'une sorte de nausée pré- électorale. Vous avez choisi le silence et comme je le comprends. Pour les mêmes raisons que les vôtres, j'ai, moi aussi, cherché une solution au vacarme, non pas par le silence mais par une sorte de bruit dérisoire et dissonant dont j'ai donné les raisons.
Ecrit par : Désormière | 22.03.2007
Je m'en vais observer vos actes de résistance, de ce pas.
Amicalement,
Ecrit par : Thomas | 25.03.2007
les jardins sont en fleurs mais la livraison d'avril se fait attendre.Sans doute est-ce pour sacrifier au Poisson.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 01.04.2007
C'est le château de la Belle au Bois dormant ! Je vais donc m'absenter quelques jours? Il y aura peut-être du nouveau à mon retour
Ecrit par : horticulteur cuistre | 09.04.2007
le premier tour des élections est passé; en attendant le second, sonnez un premier réveil
Ecrit par : horticulteur cuistre | 23.04.2007
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