29.04.2006

La cathédrale estropiée

La cathédrale de Monet est si recouverte de miroitements de lumière que si de derrière cette cascade se dégage une forme sans doute repérable de cathédrale – encore que le titre de la série, un vernis culturel minimal rétrécissent la possibilité de nous laisser abuser par l’étalement lumineux qui plisse la forme – affirmer qu’il s’agît précisément de la cathédrale de Rouen sauf à être spécialiste d’architecture gothique, spécialiste de la Normandie, connaisseur encyclopédiste ou avoir simplement un sens de l’observation plus aiguisé que le mien, il me semblait que c’était impossible.
Le monument qui se dressait devant moi n'était recouvert par rien. Rien, en tout cas, qui ne retienne mon regard. Je voyais le travail, la pierre ciselée, les bas reliefs, la légèreté difforme et, pourtant, c’était comme si je ne voyais rien. Je comprenais que le peintre n’entrait pas en concurrence avec moi, avec ma manière de voir, son oeuvre entrait en concurrence avec la cathédrale. Seulement, j’avais trouvé la série des cathédrales trop modeste, il lui manquait l’immensité des nymphéas et, si après ces premières minutes de bruine et de désappointement, je penchais en faveur de l’édifice, c’était autant pour ne pas regretter les heures de train, le courage, enfin l’effort, car, pour moi, c’en était un, qui m'avait poussé à entreprendre ce voyage, qu’en raison de l’admiration que suscitaient en moi les dimensions colossales de la cathédrale, les heures, les années, les décennies de travail que des artisans anonymes avaient sacrifiés pour l’achever. Je sentais la sueur, la peur, les blessures, les corps estropiés, la mort, l’oubli et la permanence tout réunis beaucoup mieux que les coups de pinceaux, le choix de telle couleur, même si j’avais cru comprendre que Monet travaillait à plusieurs toiles à la fois, qu’il en changeait en fonction de l’heure du jour ou des conditions atmosphériques, effort louable mais insignifiant au regard de celui nécessaire à l’érection de ce monstre gracile.
(Pourquoi aller à Rouen, pourquoi ne pas se satisfaire d’un immeuble anonyme, dans une rue étroite ou large, ensoleillée ou battue par le vent qui attendait, à portée de main, le retour de ses habitants ou la visite butée, sérieuse, studieuse, appliquée d’un passant à l’improviste encore que le choix au hasard de l’immeuble n’aurait rien eu d’hasardeux – cet immeuble-là, pas un autre ? Je ne sais pas.)
Il ne fallait pas avoir peur des truismes et affirmer qu’aussi grande soit la cathédrale aux yeux des amateurs, des spécialistes, de la collectivité locale, de l’antenne du Patrimoine, sa description par mes petits yeux plissés et perçants sur lesquels des mots prendraient appui pour s’envoler ou s’écraser n’y gagnerait aucun prestige artistique. Les descriptions de Marcel répondent au fonctionnement interne de la Recherche, étayent une vision de l’art, assoient un goût, balisent une vocation mais ne sont certainement pas destinées à brigander un peu de la beauté vue dans l’espoir qu’une transposition, une translation en colorera celle de sa description. Décidément, un immeuble haussmannien aurait aussi bien fait l'affaire.
(A suivre)

Commentaires

Quel drôle de blog!
Je pense au contraire qu'il est important de craindre les truismes. Le nombre de clichés, de bateaux, de poncifs, de lieux communs, de banalités, d’évidences que l’on nous balance sans cesse est effrayant. N’importe quel abruti peut vous convaincre qu’il a fait une grande chose juste par la force des mots. On crève du standard, du normatif, du conforme. De l’air s'il vous plaît ! des mots justes !
Lâchez-vous, que diable !

Ecrit par : Rejeton | 20.07.2006

J'essaye, j'essaye mais ce n'est pas si facile ! Les racines de mon bégonia m'attachent malicieusement au sol !

Thomas

Ecrit par : Thomas | 21.07.2006

rejeton , drageon : parfait ,c'est encore de la botanique; mais de la botanique piquante.C'est encore mieux.

Ecrit par : horticulteur cuistre | 21.07.2006

Déjà 20 notes pour rejeton et il vient à peine de prendre le départ... Impressionant non? Va-t-il tenir la route?

En attendant, le compte à rebours égrenne ses secondes.
La coupe du monde est terminée.
Zidane cherche 4800 euros pour verser à la Fifa.
Encore quelques coups de pédale et le tour de France s'achève.
Vous verrez que même la canicule va se terminer comme d'habitude dans des orages et des grelons gros comme des oeufs de dinosaure (c'est pour éviter le poncifs des pigeons)
et toujours rien ici...
Thomas ne sortez pas votre bégonia sous l'orage.

Au fait Horticulteur doit-on écrire
oeufs de dinosaure ou
oeufs de dinosaureS ?

Ecrit par : Joël | 22.07.2006

oeufs de dinosaure.

Mais je ne pense pas que le pluriel soit fautif , simplement c'est trop loud. Ceci dit je suis très moyen en orthographe.

Ecrit par : horticulteur cuistre | 22.07.2006

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