13.01.2006
Ensemencement
Passé un moment de flottement, je me ressaisis en évoquant l’exaltation que faisait naître en moi le spectacle des arbres le soir au fond des bois, dans l’espoir que cette remarque rehausserait mes remerciements, puis j’abandonnai le pot et son contenu sur une table du salon. Le temps du dîner, le bégonia retrouva la place dans l’espèce de néant qu’il avait, comme toute plante et une multitude d’objets et tant d’événements, toujours occupé en moi. Ce n’est que quand le dernier invité quitta l’appartement (le préposé aux fleurs nous quitta précocement sans que je réussisse à déceler une relation de cause à effet entre son cadeau et son empressement à le laisser derrière lui) que je redécouvris son existence.
Enfin seul. Deux, pour être exact. M’approchant de cette masse feuillue, je m’imaginai subitement dans l’appartement du personnage interprété par Bill Muray dans lequel je n’avais pas souvenir d’avoir aperçu de fleurs, en pot ou dans un vase. Il est vrai que lui-même est si semblable à une plante verte, inerte, avachi sur son canapé, attendant la bourrasque qui éparpillera ses souvenirs sur les routes de son passé de Dom Juan indolent à la recherche de fleurs désormais fanées, que la présence d’une fleur dans cet intérieur, bégonia, géranium, chrysanthème, dahlia, viendrait souligner un peu lourdement sa pente végétative. Mais le titre du film trouverait dans cette présence masquée au spectateur, sur le rebord d’une fenêtre, dans la pénombre d’un recoin, une explication satisfaisante. Privée, toute la durée du voyage, d’eau, d’attention, de Mozart, elle est condamnée à un lent autant qu'irréversible dépérissement : Broken flowers. Seul le pluriel pose problème, me dis-je, en collant mon nez sur la plante.
Plutôt que de laisser mourir ce bégonia dont il m’était toujours impossible de m’expliquer la présence – sans doute voulait-il en faire cadeau à sa belle-mère, morte avant qu’il n’ait pu le lui offrir – j’aurais pu, à mon tour, l’offrir en signe de paix à une voisine de l’immeuble ou, pourquoi pas, à ma mère, qui, elle, aurait su quoi en faire. Elle me pardonnera. Ou, et c’était plus convenable, l’abandonner aux pieds d’une des poubelles de l’arrière-cour de l’immeuble, avec la certitude qu’un voisin le ramasserait, selon cette loi apparemment scientifique qui établit que tout objet abandonné aux regards des autres réveille en eux une pulsion accumulatrice.
Mais, voilà, bien que ce bégonia me faisait l’effet d’une blague de mauvais goût, m’en séparer m’apparut tout aussi farfelu. Ainsi, resterait-il, là, chez moi, avec moi presque, faisant de moi un autre Bill, astiquant, époussetant, arrosant, rempotant, triturant, bouturant jusqu’à plus soif.
Enfin seul. Deux, pour être exact. M’approchant de cette masse feuillue, je m’imaginai subitement dans l’appartement du personnage interprété par Bill Muray dans lequel je n’avais pas souvenir d’avoir aperçu de fleurs, en pot ou dans un vase. Il est vrai que lui-même est si semblable à une plante verte, inerte, avachi sur son canapé, attendant la bourrasque qui éparpillera ses souvenirs sur les routes de son passé de Dom Juan indolent à la recherche de fleurs désormais fanées, que la présence d’une fleur dans cet intérieur, bégonia, géranium, chrysanthème, dahlia, viendrait souligner un peu lourdement sa pente végétative. Mais le titre du film trouverait dans cette présence masquée au spectateur, sur le rebord d’une fenêtre, dans la pénombre d’un recoin, une explication satisfaisante. Privée, toute la durée du voyage, d’eau, d’attention, de Mozart, elle est condamnée à un lent autant qu'irréversible dépérissement : Broken flowers. Seul le pluriel pose problème, me dis-je, en collant mon nez sur la plante.
Plutôt que de laisser mourir ce bégonia dont il m’était toujours impossible de m’expliquer la présence – sans doute voulait-il en faire cadeau à sa belle-mère, morte avant qu’il n’ait pu le lui offrir – j’aurais pu, à mon tour, l’offrir en signe de paix à une voisine de l’immeuble ou, pourquoi pas, à ma mère, qui, elle, aurait su quoi en faire. Elle me pardonnera. Ou, et c’était plus convenable, l’abandonner aux pieds d’une des poubelles de l’arrière-cour de l’immeuble, avec la certitude qu’un voisin le ramasserait, selon cette loi apparemment scientifique qui établit que tout objet abandonné aux regards des autres réveille en eux une pulsion accumulatrice.
Mais, voilà, bien que ce bégonia me faisait l’effet d’une blague de mauvais goût, m’en séparer m’apparut tout aussi farfelu. Ainsi, resterait-il, là, chez moi, avec moi presque, faisant de moi un autre Bill, astiquant, époussetant, arrosant, rempotant, triturant, bouturant jusqu’à plus soif.
19:50 Publié dans Journal biodégradable | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture


Commentaires
Les plantes ,c'est ma spécialité mais je n'en parlerai pas aujourd'hui.Vous citez Mozart,sacrifiant ainsi à la mode actuelle ,mais vous écrivez Dom Juan (en sachant , je l'espère, ce que vous faites ) et c'est donc à Molière (en particulier) que vous pensez.Juste retour du pendule.
Mais en revanche, préoccupé de bien penser (vous avez raison),vous oubliez que "bien que" commande le subjonctif.Tout le monde s'en fiche sauf moi.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 13.01.2006
L'arum, la fleur qui m'accompagne
A rencontré vos floraisons,
On y respire à l'ostensoir
Et le bégonia malhabile
Implore un avenir en prose.
L'aurore luit quand elle gagne
Hydropique ardente raison,
Le coeur ignore et c'est sa gloire,
D'être vivant, là, dans la ville,
Cueillez, recevez donc la rose.
Je vous envoie tous mes parfums,
Ce ne sont pas des Fleurs du Mal,
Seulement des murs et jardins
Que l'on dessine au gré des mots,
Sans cuistrerie, c'est trop facile.
Inventez les sons , les refrains,
Composez comme l'on kabbale,
Les thèmes seront enfantins
La paix respire sur le beau
De nos quotidiens si fragiles.
NB: Maigre bouquet pour vous encourager et vous dire de continuer à sourire.
Affectueusement, et Bon week end., on annonce du beau temps! Violaine.
Ecrit par : Violaine | 14.01.2006
Que notre jardinier cultve son jardin, relise Tirso de Molina...Peut être le "Burlador de Sevilla" l'emportera-t-il récolter ses gages et s'occuper ses oignons...Ave !
Ecrit par : Violaine | 14.01.2006
Ne vous prenez plus la tête! La prochaine fois y'aura qu'à refiler ce genre de truc à horticulteur cuistre.
(Ah, moi non plus, j'aime pas le bégonia en pot)
Zazie -qui est de votre côté.
Ecrit par : Zazie | 14.01.2006
Cela pourrait ressembler à une conspiration d'admiratrices . Google n'est pas spécialiste d'orthographe ,heureusement! Devant cet assau affectif l'horticulteur s'incline en souriant finement.
Tirso de Molina ,certes,mais qui l'a vraiment lu?
Ecrit par : horticulteur cuistre | 14.01.2006
Bonjour! -ceci n'est pas une conspiration.
Cuistre, ne mettez pas d'espace entre le mot suivi d'une virgule ("d'orthographe ,") -ça me fait mal. Peu de blogueurs connaissent Tirso de Molina et pour cause, il semblerait que certaines de ses oeuvres aient été attribuées durant plusieurs siècles à d'autres (Lope de Vega, Calderon) et c'est pas juste!
Quant à Bill Muray, Apocryphe, nous donnerez-vous le titre du film dans lequel il paraît si avachi. Il m'est aussi inconnu que Tirso.
(Mais non jardinier, ce n'est pas Tirso qui apparaît au générique de Tootsie!)
Ecrit par : Zazie | 15.01.2006
Broken flowers, tel est le titre. J'espérais avoir été claire, je découvre qu'une fois de plus je n'étais que confus.
Ecrit par : Thomas von Krudig | 15.01.2006
Oh non Thomas! Ce n'est pas confus ce que je lis ici. (c'est moi qui ne vais pas assez au cinéma!). J'aime beaucoup le texte d'hier, et en général j'aime ce genre de textes assez denses. Mais je m'aperçois qu'il faut prendre son temps. Aussi je viendrai vous lire régulièrement car le zapping (2 p ?) ne me vaut rien.
@ bientôt de vous lire
Ecrit par : Zazie | 16.01.2006
.
Assaut avec ou sans "t" ?
Le jardinage, ça abîme les doigts, et ça fait rater les touches du clavier...!
Boudiou'd'boudiou...!
Y'a des marrants ici...
Amitiés, ami horticulteur...
Amitiés, charmante Parisienne.
© h r
Ecrit par : Chr | 18.01.2006
Hé oui, vous avez raison les cuistres font plus de fautes que les autres, surtout quand ils sont horticulteurs. cher ou chère chr.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 18.01.2006
Apocryphe,
Vous censurez?
Ecrit par : horticulteur cuistre | 18.01.2006
Merci tout est en ordre;je m'en veux d'avoir pu vous soupçonner de censure.Je devine que ce n'est pas le genre de ce jardin.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 18.01.2006
il y a rien d'interresent
Ecrit par : fafa demare | 27.01.2006
Mais si, fafa, votre commentaire concis, lui, est très "intéressant".
Ecrit par : horticulteur cuistre | 28.01.2006
Apocryphe, on se languit de vous lire; que diraient mes plantes si je les délaissais, vous aussi vous devez penser à vos visiteurs.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 29.01.2006
Ecrire un commentaire