04.01.2006
Mauvaise graine
Un blog offre à chacun, jardinier amateur ou diariste compulsif, le bonheur de tenir un journal – polysémie fâcheuse qui explique sans doute les cris d’orfraie de certains journalistes qui s’indignent de cette concurrence, l’exigence d’adjonctions journalières sans lesquelles il perd toute légitimité aux yeux des visiteurs et, surtout, le grand nombre de journaux intimes, si l’intimité ouverte au monde a encore un sens.
N’ayant pas de passion particulière à faire partager, effrayé par la tâche colossale qu’un journal intime demande, pensons à Lamiel, j’ai cherché, sans vraiment y parvenir, un compromis. Un journal (intime) consacré à un objet de mon quotidien – en l’occurrence, une fleur, sa vie, sa mort, ou pour emprunter à Huysmans le programme fixé à Des Esseintes, « prenant la fleur dès sa naissance, la menant à maturité, la simulant jusqu'à son déclin ». (Il est vrai que Des Esseintes ne saurait trouver en lui la patience nécessaire pour respecter pareil programme, sauf, immédiatement après se les être fait livrer, à s’attaquer à leurs pétales, corolle, étamine à l’aide d’une paire de ciseau. Des Esseintes, en réalité, s’enchante du talent des artistes qui façonnent les fleurs artificielles). En somme, une vie de fleur par le menu.
Une circonstance inattendue a précipité ce choix. A l’occasion d’un dîner que j’organisai afin de ne pas réveillonner seul, un des invités, plutôt que de venir les mains vides, me fit la surprise d’un bégonia en pot. Pas un bouquet, non, mais un pot avec une fleur dedans. Tout en essayant de masquer mon étonnement à mon bienfaiteur en m’affairant sur le ruban qui tenait attachée l’enveloppe de cellophane qui nimbait d’un rose translucide le bégonia en pot, je l’entendais répéter en chœur, bégonia en pot, comme s’il lisait dans mes pensées, oui, oui, un bégonia, dans un pot. A tout prendre, bien que l’habitude le destine plutôt aux femmes, un bouquet m’eût fait plaisir. Un vase, de l’eau et on l’oublie. Mais une fleur en pot !, une plante plutôt, puisque de fleur, il n’y en avait pas, ce que je fus obligé de constater après qu’il eut attiré mon attention sur ce point, pour aussitôt ajouter qu’il ne manquerait pas de fleurir, le fleuriste s’en était porté garant, sans quoi, ajouta-t-il, il lui aurait évidemment préféré une autre fleur et, désireux de donner plus de poids à son affirmation, il égraina tout un tas de noms étranges dont je n’avais jamais entendu parler. J'en restai à bégonia.
N’ayant pas de passion particulière à faire partager, effrayé par la tâche colossale qu’un journal intime demande, pensons à Lamiel, j’ai cherché, sans vraiment y parvenir, un compromis. Un journal (intime) consacré à un objet de mon quotidien – en l’occurrence, une fleur, sa vie, sa mort, ou pour emprunter à Huysmans le programme fixé à Des Esseintes, « prenant la fleur dès sa naissance, la menant à maturité, la simulant jusqu'à son déclin ». (Il est vrai que Des Esseintes ne saurait trouver en lui la patience nécessaire pour respecter pareil programme, sauf, immédiatement après se les être fait livrer, à s’attaquer à leurs pétales, corolle, étamine à l’aide d’une paire de ciseau. Des Esseintes, en réalité, s’enchante du talent des artistes qui façonnent les fleurs artificielles). En somme, une vie de fleur par le menu.
Une circonstance inattendue a précipité ce choix. A l’occasion d’un dîner que j’organisai afin de ne pas réveillonner seul, un des invités, plutôt que de venir les mains vides, me fit la surprise d’un bégonia en pot. Pas un bouquet, non, mais un pot avec une fleur dedans. Tout en essayant de masquer mon étonnement à mon bienfaiteur en m’affairant sur le ruban qui tenait attachée l’enveloppe de cellophane qui nimbait d’un rose translucide le bégonia en pot, je l’entendais répéter en chœur, bégonia en pot, comme s’il lisait dans mes pensées, oui, oui, un bégonia, dans un pot. A tout prendre, bien que l’habitude le destine plutôt aux femmes, un bouquet m’eût fait plaisir. Un vase, de l’eau et on l’oublie. Mais une fleur en pot !, une plante plutôt, puisque de fleur, il n’y en avait pas, ce que je fus obligé de constater après qu’il eut attiré mon attention sur ce point, pour aussitôt ajouter qu’il ne manquerait pas de fleurir, le fleuriste s’en était porté garant, sans quoi, ajouta-t-il, il lui aurait évidemment préféré une autre fleur et, désireux de donner plus de poids à son affirmation, il égraina tout un tas de noms étranges dont je n’avais jamais entendu parler. J'en restai à bégonia.
23:40 Publié dans Journal biodégradable | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture


Commentaires
Parlez-vous de bégonias ornementaux? La chose devient intéressante car les amateurs en sont peu nombreux: vous-même ne semblez pas en faire partie.Pourtant la plante n'est pas sans interêt ,ses feuilles sont irrégulières et ses fleurs,minuscules;d'ailleurs elle ne fleurit pas régulièrement.
Mais je remarque avec amusement et peine aussi que vous avez employé deux fois l'imparfait alors qu'il eût fallu recourir au passé simple.
Ecrit par : horticulteur cuistre | 06.01.2006
"après se les être fait livrer" eût été plus correct....Mais votre style a du mordant et de la verve...On vous souhaite une belle floraison et que la "rose qui ce matin avait déclose", en l'occurence le bégonia, nous apporte de jolis bouquets. Heureuse bloguère! Bien à vous, Violaine.
Ecrit par : Violaine | 06.01.2006
Cher épicurien, C'est justement parce que c'est magnifique que l'on refuse que vous semiez de la poussière d'étoiles ailleurs que sur la portée. Croyez en ma bienveillance ...Et cultivez votre jardin ! Affectueusement, Violaine.
Ecrit par : Violaine | 07.01.2006
Je m'adresse par votre intermédiaire à Violaine ,qui comme moi, traque les incorrections.Par conséquent , chère Violaine, il faut écrire " occurrence" et non "occurence"!!!
Ecrit par : horticulteur cuistre | 08.01.2006
Pardonnez moi cher Horticulteur, honte à moi. Haec est mea culpa solius!
Ecrit par : Violaine | 08.01.2006
je persiste :égrener et non égrainer (malgré l'étymologie !).
Ce genre de remarque a-t-il le moindre intérêt pour vous qui voltigez dans les hautes sphères ?
Ecrit par : horticulteur cuistre | 08.01.2006
qui c'est cet horticulteur cuistre ? Au lieu de se mêler d'orthographe il pourrait vous dire que vous avez du style, des idées et de l'humour.Voila ce qui arrive à vivre plié sur des pots de fleurs.
Ecrit par : Verdurin | 10.01.2006
Désolée de revenir...Mais j'ai hâte de vous lire à nouveau! avec ou sans fautes! ..Vous êtes tellement au delà, je m'en voudrais de vous avoir découragé dans cette belle entreprise...A bientôt j'espère.
Ecrit par : Violaine | 11.01.2006
Vous avez donc décidé de revenir à l'orthographe la moins usitée, vous avez raison.Egrainer est génant quand on récite son chapelet, s'agissant de plantes, c'est sans doute plus harmonieux à l'oeil. Et la suite de vos commentaires, faudra-t-il l'attendre encore longtemps? Vous allez sans doute encore nous surprendre. Tant mieux!
Ecrit par : horticulteur cuistre | 13.01.2006
Que l'on puisse égrener avec un égrainoir, voilà qui rend cette langue si énervante. Je ne sais si j'ose encore participer d'un mot ici sous peine de me faire compter et même conter les occurrences multiples de mes désaccords de participes. Bon, il faut savoir que l'on a 3'500'000 "occurence" dans Google et 580’000 "concurence". Encore un peu et on va avoir le choix.
Pour venir sur le sujet, si je devais tenir un journal horticole et végétatif, je choisirais mon cactus. C'est une bestiole assez incroyable que j'ai sauvé de la mort et qui visiblement m'a pris en affection car il fleurit sans cesse et croît de manière peu croîable et luxuriante pour un cactus à tiges succulentes de cette sorte. Il a même pris une forme exubérante. Je ne tiendrai pas ce journal parce que d'une part je sens bien que mon cactus ne vous intéresse guère et d'autre part j'aime trop papillonner et papillonner sur un cactus c'est une technique, croyez-moi.
Ecrit par : Joël | 14.01.2006
Fausse URL
Ecrit par : Joël | 14.01.2006
Zut. Encore fausse. Excusez-moi!
Ecrit par : Joël | 14.01.2006
Votre cactus, peut-être pas, ses épines assurément ; je devrais dire, celles de votre langue, verdoyante, luxuriante, piquante, et même, j'allais l'oublié, à condition de n'y voir rien d'autre qu'un épithète végétal : plantureuse. Ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir les pouces verts et les mains déliées. N'oubliez pas votre cactée dans mes remerciements.
Ecrit par : Thomas von Krudig | 15.01.2006
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